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Eurasie

ROUTE DE L’ARCTIQUE, ROUTE DE LA SOIE ET EUROBRICS

11 Octobre 2014 , Rédigé par vilistia Publié dans #VOIES ARCTIQUE

La Russie sur la Route du nord

La route maritime du nord est la principale voie maritime de transport dans l'Arctique, qui longe la côte nord de la Russie et relie l'Europe aux ports de l'Extrême-Orient
La route maritime du nord est la principale voie maritime de transport dans l’Arctique, qui longe la côte nord de la Russie et relie l’Europe aux ports de l’Extrême-Orient

Agoravox vient de publier un excellent article d’un jeune géopolitologue, Romaric Thomas [1], qu’à notre grande honte nous ne connaissions pas assez. Dans L’arctique, une question de sécurité nationale pour la Russie[2], il expose les nombreuses raisons pour lesquelles la Russie s’intéresse à l’arctique. Même si cette problématique est connue, elle a ici le mérite d’être clairement synthétisée.

La Russie ne s’intéresse pas seulement à l’Arctique et au pôle Nord dans la perspective de développer les ressources considérables et très diverses que le réchauffement climatique permettra dans ces territoires septentrionaux et dans les eaux territoriales adjacentes. Elle s’y intéresse aussi au regard des futures liaisons régulières (bientôt sans brise-glaces en été) que la Route maritime du nord lui permettra d’assurer avec l’Asie, et notamment avec la Chine.

La Convention des Nations-Unies sur le droit de la mer a reconnu une souveraineté de 200 milles marins aux cinq pays entourant la zone du pôle Nord : la Russie, les États-Unis (par l’Alaska), le Canada, la Norvège et le Danemark. Ainsi, en matière de défense, la Russie a tout intérêt, non seulement à défendre sa propre zone économique exclusive, mais aussi à démontrer que ladite zone est beaucoup plus étendue que ce qui a été admis jusqu’ici. Pour cela, elle se fonde sur des études récentes du plateau continental russe, qui montrent sa prolongation vers le pôle.

Évidemment, les États-Unis et le Canada voient cela d’un très mauvais œil. Ils vont faire tout leur possible, y compris par des moyens militaires, pour empêcher la Russie d’étendre ainsi son influence. C’est ainsi que l’Amérique développe de plus en plus de moyens militaires, navals, balistiques et antibalistiques, pour menacer la Russie dans les régions polaires et sub-polaires. De quoi inquiéter la Russie et l’inciter à préparer des contre-mesures.

Dans la perspective d’une éventuelle alliance stratégique entre l’Europe et la Russie (non à exclure à terme, malgré les apparences), les pays européens, France et Allemagne notamment, auraient le plus grand intérêt à s’entendre avec la Russie pour mettre en valeur les ressources de l’océan Arctique, sans exclure des moyens conjoints pour protéger des milieux naturels très fragiles. Autant le gouvernement russe actuel verrait avec faveur cette perspective, autant les États-Unis s’y opposeraient par tous les moyens. Or ils disposent encore de nombreux arguments frappants pour ce faire.

La Chine sur la Route de la soie

La nouvelle Route de la soie envisagée par la Chine
La nouvelle Route de la soie envisagée par la Chine

Dans un non moins bon texte, Alliance Beijing-Moscou-Berlin : la Chine et la Russie peuvent-elle extirper Washington de l’Eurasie ? [3], Pepe Escobar vient parallèlement de rappeler en quoi pourrait consister le projet de Route de la soie proposé par la Chine. Il s’agirait de deux ensembles de liaisons maritimes, terrestres, électroniques reliant la Chine à l’Europe, et mettant en relation les différents pays géographiquement traversés ou voisins.

Ces pays risquent de voir initialement avec méfiance un tel projet, qui mettrait leurs économies déjà fragiles en concurrence directe avec le milliard de producteurs chinois ne se satisfaisant plus d’étendre leur influence aux économies européennes et africaines, qu’ils ont déjà pénétrées largement. Mais la Chine fait valoir la réciprocité des avantages à tirer de ce projet, les pays terminaux et les pays traversés pouvant profiter des échanges réciproques facilités par ces deux routes de la soie. Pourquoi pas ne pas retenir cette vue optimiste ?

Pepe Escobar va même plus loin. Comme l’indique le titre de son article, il voit s’esquisser pour les années (ou décennies à venir) un nouvel axe de puissance, associant non seulement la Chine et la Russie, mais également l’Allemagne. Notre voisin d’outre-Rhin, qui est devenue une des toutes premières nations industrielles du monde, se sent en effet désormais un peu à l’étroit dans le cadre européen. La Route de la soie pourrait être l’occasion pour l’Allemagne de s’affirmer comme une authentique puissance politique mondiale, au même plan que la Russie, la Chine et les États-Unis. Les cendres de Bismark et d’Adolf Hitler, où qu’elles soient, devraient ainsi en tressaillir d’aise. Pepe Escobar ne l’écrit pas clairement, mais il le laisse entendre : pour lui, les autres nations européennes, dont la France, n’auraient pas leur mot à dire et n’auraient rien à faire dans cette perspective, étant donnée leur insignifiance économique et leur soumission transatlantique à Washington.

L’Europe sur la Route de l’euroBRICS ?

Selon nous, les deux articles précités, respectivement de Romaric Thomas et de Pepe Escobar, oublient un point essentiel : la coopération stratégique pouvant s’établir, dans le cadre d’une telle alliance, entre les pays européens, dotés de nombreuses ressources, notamment scientifiques et technologiques, et les autres pays du BRICS, à savoir le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud.

D’ores et déjà, les pays européens, dont évidemment la France, devraient s’efforcer de ne pas se faire exclure des grands projets décidés ou évoqués par le BRICS et l’Organisation du commerce de Shanghai :

un nouveau Fonds monétaire, une nouvelle banque mondiale, une monnaie harmonisée, voire commune à ces pays, de grands programmes de développement et de lutte contre les destructions de l’environnement. De tels programmes, en cas de succès, intéresseront, rappelons-le, approximativement les 60 % de la population mondiale. L’avenir de l’Europe, comme nous l’avons souvent rappelé, reposera sur sa volonté de participer à un tel ensemble, même si cette démarche impose de résoudre un grand nombre de difficultés politiques et économiques.

Dans l’immédiat, la plus grande des difficultés sera pour l’Europe d’échapper à l’emprise que les États-Unis ont sur elle depuis la dernière Guerre mondiale, et qu’ils cherchent à sceller dans le béton avec les traités de libre-échange transatlantique et transpacifique. Il ne nous reste plus qu’à espérer que les difficultés s’accumulant sur une Union européenne trop soumise à Washington, des intérêts européens plus réalistes, et pas seulement allemands, réussiront à se faire entendre… dans un avenir pas trop lointain.

Sources

[1] Romaric Thomas, présenté sur le site Agoravox

[2] L’arctique, une question de sécurité nationale pour la Russie, (agoravox, français, 07-10-2014)

[3] Alliance Pékin-Moscou-Berlin. Extirper Washington de l’Eurasie? (vineyardsaker, français, 09-10-2014)

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