Le projet d’Union eurasiatique: comment les gens voient l’intégration
| 18/05/2012 |

Le projet d’Union eurasiatique: comment les gens voient l’intégration
© RIA Novosti.
En général, en Russie, au Kazakhstan, en Biélorussie, partout où les gouvernements songent aux processus d’intégration, les habitants se soucient peu des motivations politiques de ces processus.
Les habitants de la CEI veulent circuler librement dans l’espace de l’ex-URSS, souhaitent que leurs enfants aient la possibilité d’étudier et de se marier indépendamment du pays où ils vivent.
Il serait également préférable de ne pas avoir de soucis avec le change des monnaies. Ces éléments feraient de quiconque un ardent partisan de l’intégration.
Pendant le récent sommet informel de la CEI, beaucoup de dirigeants ont parlé de l’importance d’une coopération plus étroite dans l’espace eurasiatique.
Mais pourquoi la majorité des habitants de cet espace n’est pas du tout pressée de s’unir?
Une amitié entre les pays, pas entre les gouvernants
Et on ne propose pas de s’unir avec des Martiens ou autres extraterrestres. Pendant des siècles ces peuples ont vécu les uns à côté des autres, et pendant une certaine période – dans un pays commun. De cette manière, la volonté de nouveau rapprochement entre ces populations est tout à fait naturelle.
- Le projet eurasiatique n’est pas une velléité de résurrection de l’Union soviétique. Il serait impossible de forcer des pays désormais indépendants à recréer l’URSS.
En revanche, il existe une très bonne raison d’y revenir – l’opportunité du retour à une compatibilité culturelle. C’est indiscutable: ils regardaient la même télévision, lisaient les mêmes livres, en fin de compte, que cela plaise ou non aujourd’hui, ils parlaient la même langue. Et après une-deux générations ces points communs ne disparaissent pas. Mais le “voyant” est déjà allumé.
On estime qu’il suffit de 40 ans pour consommer la rupture linguistique, culturelle et morale définitive d’un empire. La moitié de ce délai s’est déjà écoulée.
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Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan
Dans l’espace de la CEI on parle beaucoup de coopération économique, mais on n’évoque pas l’intégration civile.
Parfois on parle d’immenses projets énergétiques et d’infrastructure dans le cadre de l’Union douanière ou de l’Espace économique commun. Mais aucune démarche n’a été accomplie, aucun projet proposé, afin de rétablir l’espace rompu des liens humains. Il va de soi que leur fonction de soutien relève avant tout des communications.
Paradoxalement, à tous les niveaux gouvernementaux, on parle de l’importance de l’information dans le processus d’intégration. Mais généralement, on s’arrête là.
Le pire, ce sont les nombreux fonctionnaires haut placés, responsables de l’intégration dans les pays membres des unions, qui réduisent le rôle de la presse exclusivement à celui de “couverture” médiatique.
Une promotion médiatique ne suffira pas
Les tâches de la présentation médiatique de l’activité des structures d’intégration n’ont toujours pas été fixées. Affinons la question – présenter quoi? Les rencontres au sommet? Les chiffres des échanges commerciaux entre les pays de l’Union douanière (Russie-Biélorussie-Kazakhstan).
Il y a peu de chances que cela impressionne les simples gens. Il faut savoir ce qu’apportera à chaque pays, ou mieux encore, à chaque famille, la “libre circulation des marchandises et des capitaux”.
Il n’y a pas d’”enveloppe” convenable de cette information pour la présenter au public. Au lieu de cela, on voit un grand flux informationnel qui rappelle des communiqués bureaucratiques primitifs sur la nécessité de l’intégration.
En réalité, aucune propagande n’est nécessaire. La conscience sociale des pays de l’espace eurasiatique est tout à fait prête.
Selon les sondages du Centre panrusse d’étude de l’opinion publique (VTsIOM), 48% des Russes interrogés sont en faveur de l’union avec les autres anciennes républiques soviétiques.
Ils ne sont pas les seuls. Les études réalisées à la même période (fin 2011) en Biélorussie, au Kirghizstan, en Azerbaïdjan et en Lituanie ont montré des tendances similaires. Les partisans les plus fervents de l’idée d’intégration sont les Kirghizes (67%) et les Biélorusses (62%).
Selon le sociologue ukrainien Evgueni Kopatko, les Ukrainiens aspirent également à l’intégration – plus de 70% de la population ukrainienne a connaissance du projet de l’Espace économique commun, et pratiquement la moitié y est favorable.
Les études réalisées au Kazakhstan montrent qu’aujourd’hui plus de 85% des Kazakhs associent l’avenir de leur pays avec la mise en œuvre de l’idée eurasiatique.
Toutefois, le déséquilibre de la politique médiatique pourrait se refléter négativement sur les attentes des gens.
Les Ukrainiens se plaignent aujourd’hui du martèlement jour et nuit venant de partout sur les perspectives de l’Ukraine grâce à la coopération avec l’Union européenne.
Mais on n’entend pratiquement aucune information sur les avantages de l’intégration eurasiatique pour l’Ukraine.
- Les arguments des partisans de l’Union douanière en Ukraine n’arrivent pas jusqu’à leurs concitoyens. Mais on leur présente la Russie comme la principale responsable de tous les problèmes économiques de l’Ukraine.
- Les adversaires ukrainiens de l’adhésion à l’Union douanière soulignent constamment les inconvénients auxquels seraient confrontés, disons, les Biélorusses après l’adoption des normes douanières communes (avant tout, en ce qui concerne l’augmentation des taxes sur l’importation des véhicules et certains objets de luxe).
Cependant, on ne mentionne nulle part que l’adhésion à l’Union douanière a justement permis à Minsk de stabiliser sa situation économique extrêmement difficile.
Elle a également contribué à l’augmentation significative des exportations des produits biélorusses en Russie et au Kazakhstan, et à l’obtention de crédits préférentiels grâce au fonds anticrise de la Communauté économique eurasiatique.
Par conséquent, après la crise le salaire en Biélorussie est supérieur de 30% par rapport au salaire moyen en Ukraine, et les prix des produits de base sont nettement plus bas.
En utilisant une campagne médiatique très agressive, on force l’Ukraine à renoncer aux avantages réels dans le cadre de l’Union douanière en échange de perspectives chimériques de statut de membre associé de l’UE.
L’eurasisme a besoin d’un élan émotionnel
Se limiter au simple objectif de promouvoir médiatiquement l’intégration serait clairement insuffisant. La question est bien plus complexe: comment unir les efforts des médias, au moins pour commencer, pour les trois membres de l’Union douanière.
“L’intégration est une chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls politiques”, a déclaré à plusieurs reprises le président du Kazakhstan Nazarbaev. Mais pour l’instant tout se passe “comme toujours”. En haut, on semble faire quelque chose, mais en bas l’intégration ne rencontre pas suffisamment de soutien.
La promotion d’une image positive des projets d’intégration n’est pas nécessaire seulement pour l’élite politique, les experts, mais surtout au niveau des simples gens, car sans leur soutien la réalisation du projet le plus tentant est impossible.
Le politicien kazakh Baglan Maïlybaev a fait remarquer à juste titre qu’il faudrait renforcer l’idée eurasiatique à l’horizontale. Il affirme également que les processus eurasiatiques doivent devenir une partie intégrante de la vie intellectuelle des pays de l’Union douanière.
Dans le cas présent il n’est pas nécessaire de créer un organisme supranational spécifique. Le travail classique des journalistes suffit. Et ils travailleraient dans un milieu médiatique commun, où il ne peut pas y avoir de sujets distincts russe, kazakh et biélorusse. Il faut établir les notions, les valeurs et les motivations d’union communes.
La demande pour un tel produit est évidente. Avant tout, à la télévision. Malheureusement, aucune chaîne russe ne semble avoir diffusé d’émission ou de débat à ce sujet, ou au moins un reportage de 10 minutes sur l’histoire de l’eurasisme ou les mouvements sur cet immense territoire.
L’idée ne doit pas seulement pénétrer dans les cerveaux, mais également dans les cœurs. L’eurasisme a besoin d’un élan émotionnel.
- Il ne reste qu’à regretter qu’aucun projet à l’instar d’Euronews ne soit prévu pour l’intégration eurasiatique. La Société intergouvernementale de télévision et radio MIR, créée dans le cadre de la CEI, n’a pas encore réussi à remplir ses tâches – cette chaîne est loin d’être passionnante.
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Il ne s’agit pas seulement des émissions portant obligatoirement sur l’Union douanière ou l’Espace économique commun. Il faut diffuser des programmes dans différents formats sur la vie des gens dans ces pays, leurs préoccupations, leurs joies et leurs craintes.
C’est cet aspect “humain” qui contribue au rapprochement.
Union eurasiatique: signature du traité d’ici le 1er janvier 2015 (Medvedev)
L’Union eurasiatique intéresse plusieurs pays voisins (Medvedev)
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L’Union économique eurasiatique verra le jour d’ici 2015 (Medvedev)
L’avenir de la CEI est dans l’intégration eurasiatique (président ouzbek)
La “Commission économique eurasiatique” voit le jour
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