La semaine du 27 octobre 2014, une délégation du Club d’Izborsk, composée d’Alexandre Prokhanov, Vitali Averianov et Vladislav Chourguine s’est rendue au Donbass où furent organisées manifestations, interventions et rencontres publiques.
En particulier, il fut possible de rencontrer le Premier Ministre de la République Populaire de Donetsk, Alexandre Zakharchenko, élu entretemps en qualité de premier Président de la République, de même qu’une série d’acteurs politiques importants de Novorossie, des commandants militaires, des scientifiques et des intervenants sociaux.
Le 29 octobre, les représentants du Club sont intervenus devant un vaste auditoire composé d’étudiants, et en présence du président de l’université nationale de Donetsk.
Le 30 octobre fut tenue une séance élargie de la section de Novorossie du Club d’Izborsk (la section locale fut mise en place en juin 2014). Voici l’intervention de Vitali Averianov lors de la séance du Club d’Izborsk à Donetsk. L’original de cet article fut mis en ligne le 05 novembre sur le site du Club d’Izborsk.
Les élections du 2 novembre au Donbass ne sont pas des élections au sens habituel du terme, il ne s’agit pas d’un moment au cours d’une procédure. Elles revêtent un statut ontologique. Les gens iront pour dire : « Nous existons. Nous sommes, en tant que sujet de droit, nous sommes, en tant que peuple ».
Bien que nous déplorions la perte de l’Empire de Russie, la perte de l’URSS, aujourd’hui, il importe peu de savoir combien il y aura d’Etats russes. Il peut y en avoir beaucoup : la grande Russie, la Biélorussie, la Novorossie.
L’essentiel consiste à préserver l’identité russe, à protéger notre terre de l’Union européenne. Aujourd’hui, il est clair que l’Occident est prêt à « remballer » les restes matériels des reliques de notre civilisation. (Au Donbass, il s’agit des entreprises de fabrication et des entreprises minières, qui ne peuvent survivre qu’à travers leur lien avec la Russie). Mais d’un autre côté l’Union de Sodome s’est préparée à arracher et détruire nos racines spirituelles ; c’est tout aussi évident. Ainsi, à tous points de vue, ce qui se produit ici aujourd’hui, c’est d’abord l’auto-défense du monde russe, il s’agit de le sauver d’une chute incontournable.
A Donetsk, les gens sont extrêmement alarmés par les questions de l’objectif stratégique du futur Etat, du cours futur de la justice sociale, et du rôle des oligarques dans la vie politique et économique.
Tout l’espace postsoviétique est immergé dans la solution acide des relations claniques. Tous nous en avons souffert, et nous continuons à en souffrir. Le système de gouvernement oligarcho-clanique n’est autre que l’affaissement, jusqu’à un niveau nettement inférieur, du système soviétique.
La structure industrielle, les usines, les fabriques ont été transformées en un marché, en un souk. Derrière le mot élégant de marché se dissimulent la dégradation et la destruction de systèmes sociaux complexes et sophistiqués. Quelle que soit notre position à l’égard de la révolution bolchevique et de la période soviétique en général, elles s’accompagnèrent d’un système social d’avant-garde que nous avons perdu aujourd’hui.
Voir:
Le Social-Monarchisme russe sans les idéologies fumeuses de l’Occident
Quand on soulève la question de la création d’un monde nouveau, une « Nouvelle Russie », on est confronté à une question :
qu’en est-il de la grande Russie ? Si ici, au Donbass se produit une rupture vers un Etat populaire, alors, cette grande Russie, objectivement à la traîne, se verra tirée en avant. C’est pourquoi la manifestation de la volonté avant-gardiste de construire ici une « Nouvelle Russie » plus juste, requiert de faire preuve d’un courage plus grand, peut-être, que celui qu’il faut quand on est au front. Car l’ennemi intérieur, l’entropie, est plus redoutable que l’ennemi extérieur, clairement visible et dont on identifie parfaitement le sort qu’il convient de lui réserver.
A mon avis, pour ce qui concerne la question de la justice sociale, il ne s’indique pas de promouvoir aujourd’hui un nouveau socialisme ou un nouveau communisme en tant que mot d’ordre officiel. Car le socialisme lui-même n’a pas encore été épuisé en tant qu’idée politique, et nous pouvons trouver en lui de nouvelles possibilités. Afin d’identifier une voie permettant de résoudre le problème de la justice sociale, il me semble nécessaire de préciser certains principes cadres.
Le régime oligarchique, avec son système clanique, n’a jamais annoncé ouvertement son idéologie, mais il a proclamé un de ses postulats centraux, l’idée sacrée de la propriété privée. On ne peut dire que les peuples de l’espace postsoviétique aient accepté cela sans réserve. Mais on nous a invisiblement imposé ce postulat, et nous vivons avec lui. Toutefois, cela n’entre pas dans le cadre des conditions de la justice sociale. Dans une société basée sur la justice sociale, la propriété privée ne peut être sacrée. Elle peut être inviolable, à une condition : que cette propriété ne soit trop importante.
Car effectivement, il est honteux de saisir jusqu’au dernier bien possédé par le pauvre, il est honteux de prendre leurs biens aux membres des classes moyennes, car ils sont le fruit de leur dur labeur, mais le grand capital doit devenir une fonction d’Etat puisque d’une façon ou d’une autre, il est le produit de toute la société.
Une telle démarche ne signifie pas automatiquement qu’il s’agisse de socialisme. Celui-ci peut adopter de nombreuses formes. La Novorossie se trouve aujourd’hui face à un éventail de voies de développement social. Quel que soit le choix de chemin que vous opérerez, il dépendra de vous, de la réserve de force dans la société, de la maturité morale et intellectuelle de celle-ci.
On ne parviendra pas à imposer une doctrine d’avant-garde, une idée « sage » selon laquelle les gens pourront vivre, sans le niveau nécessaire de maturité intérieure de la société.
Peut-être pourrait-on instaurer aujourd’hui en Novorossie une variante du capitalisme d’Etat, bâtie sur le principe d’un Etat très fort capable de brider le grand capital, le gardant à sa place, lui assignant sa mission et sa fonction dans la société. Si vous parvenez à accomplir cela, il s’agira du projet le plus avant-gardiste en matière de dictature du développement. Ce sera la dictature du peuple tel qu’il est aujourd’hui.
Du point de vue russe, la Novorossie, notre rivage de la Mer Noire, est la clé de l’harmonie du monde. Car c’est ici que la Russie en tant que puissance continentale, notre monde continental, obtient la possibilité de jouer plus ou moins sur un pied d’égalité avec les grands sujets mondiaux. Car c’est à travers la Novorossie que la Russie a restauré hier et restaure aujourd’hui un modèle équilibré.
Car enfin, l’harmonie véritable ne consiste pas en un nivellement des lois et des valeurs des différents mondes et civilisations, que du contraire. La véritable harmonie surgit entre des pôles puissants séparés par des divergences essentielles et une forte tension. La vraie harmonie n’est pas une berceuse pacifique, mais plutôt une « guerre froide » et la volonté de compter sur soi. Aujourd’hui nous intervenons en tant que hérauts d’une nouvelle guerre froide dans la mesure où nous sommes convaincus de ce que l’interruption ou la suspension de la première « guerre froide » ne fut qu’un maléfique subterfuge.
Et on ressent cela de façon aiguë ici, où la Mer géopolitique a de nouveau agressé la Terre géopolitique. Aujourd’hui vous ressentez sur vous, de façon plus aiguë encore, et tangible, le souffle mauvais de la civilisation occidentale, entrée en Ukraine d’abord sous sa forme cachée et adaptée d’euro-révolution, et ensuite arrivée au Donbass dans le grincement et le cliquetis des chenilles.
Aujourd’hui, c’est ici que se situe l’axe de l’histoire ; autour de lui se meuvent les évènements essentiels de notre époque. Grâce à la Crimée et à la Novorossie, la Russie ne sera jamais plus telle qu’elle était voici quelques années. Le Rubicon a été franchi.
La faculté de la Novorossie de construire son avenir, ces élections politiques qu’elle organise, ont un puissant retentissement dans le monde russe tout entier. Ici le cours du temps historique s’accélère fortement. A travers le Donbass, la Russie est aspirée dans un avenir nouveau et inconnu.
La Novorossie est le lit de la rivière, le canal par lequel le futur vient à la rencontre du monde russe actuel qui n’a pas encore surmonté ses 25 années de déclin et d’affaiblissement. Ce futur est une rupture par rapport au déclin et vers un nouvel élan, une nouvelle offensive.
Voir:
Le Social-Monarchisme russe sans les idéologies fumeuses de l’Occident
http://russieconservatisme.org/a-travers-le-donbass-la-russie-est-aspiree-dans-son-avenir/
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