Texte court reprenant un entretien avec Serguei Tcherniakovski, membre du Club d’Izborsk, publié entre autres le 27 novembre 2014 dans les pages de Zavtra.
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Serguei Felixovich, comment évaluez-vous la situation actuelle dans le conflit entre Russie et Occident, dont le déclencheur fut la victoire de l’euromaïdan, suivie de la guerre civile en Ukraine ? Quel rôle joue le Président de la République Fédérale, Vladimir Poutine, dans ce conflit ? Quelles sont pour vous les éventuelles perspectives de résolution de ce conflit ?
Ce qui se déroule depuis un an en Ukraine et autour d’elle, peut être qualifié de «guerre pour l’héritage soviétique», par analogie aux conflits armés bien connus pour l’héritage espagnol, l’héritage bavarois, l’héritage polonais, etc… En fait, il s’agit d’une guerre pour un nouveau partage du monde, causée par une crise systémique croissante des modes actuels de production et de consommation, portant en elle la nécessité d’une expansion constante, de l’accaparement permanent des actifs réels en vue de stimuler les plus-values des capitaux bancaires.
La raison de ce conflit, en majeure partie, fut le refus des autorités russes de transmettre définitivement le contrôle sur les actifs réels de «l’espace post-soviétique» aux multinationales occidentales.
Ces autorités se présentent comme une dictature de type bonapartiste, forme bien connue en politologie classique, capable de concilier les intérêts de différentes classes et forces politiques dans le cadre d’une société unifiée. Dans le cas de la Russie contemporaine, nous avons affaire à la conciliation des intérêts du grand capital et ceux de l’écrasante majorité de la société «post-soviétique» russienne, humiliée et offensée au cours des «réformes de la démocratie de marché» au cours des années ’90 du siècle dernier.
Il est dès lors compréhensible que le personnage de Poutine joue un rôle extrêmement important, et dans un certain sens, irremplaçable, dans l’État russe actuel. La dictature sans dictateur est impossible, de même que l’empire sans empereur. Ce n’est pas un hasard si nos partenaires occidentaux, comme il est d’usage de les désigner aujourd’hui, dirigent leurs coups précisément contre Poutine, en tant que point de convergence des intérêts nationaux de la Russie, afin de détruire l’unité du système de la communication et des valeurs de la Russie, dans lequel Poutine remplit le rôle clé, en vue d’ukrainiser, de maîdaniser la société de Russie.
A la poursuite de cet objectif, les mass-médias occidentaux sont entrés en action, avec les cinquième et sixième colonnes dans notre pays, ainsi que toutes sortes de structures mercenaires terroristes sous contrôle des services de sécurité occidentaux ; s’y ajoute le jeu de spéculation sur les cours des produits pétroliers, les pressions sur le taux de change du rouble et beaucoup, beaucoup d’autres moyens.
De mon point de vue, nous n’avons pas affaire à un «conflit de potentiels», mais à un «conflits des volontés», selon quoi «un troupeau de moutons avec à sa tête un lion vaincra toujours un troupeau de lions avec un mouton à sa tête».
Si au cours des années ’80, alors que la défaite de l’Occident paraissait inévitable face à l’Union Soviétique, la volonté de politiciens tels que Ronald Reagan et Margaret Thatcher vainquit un Politburo soviétique apathique, alors aujourd’hui, la position ferme et cohérente du Kremlin, exigeant encore et toujours de la part de l’Occident le respect des règles du jeu préalablement admises dans l’arène internationale, malgré ce qui paraît être une prééminence totale sur les plans militaires et politiques, sociaux et économiques, financiers et informationnels, dans le chef des États-Unis et de leurs alliés, nous donnera la possibilité de vaincre. Les résultats du récent sommet de Brisbane l’ont clairement montré. Obama et consorts se sont retrouvés isolés, incapables d’élargir leur «front anti-russe» du côté des «pays en voie de développement».
Plus encore, tant à Pékin qu’à Brisbane, la République Populaire de Chine s’est affirmée haut et fort en tant que nouveau «centre de forces» global, prenant la place des États-Unis qui font l’expérience d’une profonde crise systémique.
Dès lors, je ne pense pas qu’il faille s’attendre à une catastrophe en Russie, sur les modèles de 1917 et 1991.
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